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Oxmo Puccino, le rappeur-poète

Par Marylin Beaufour | publié le 12/08/2017 à 19h00

Artiste à la plume tenace qui trace son chemin singulier dans le rap français depuis vingt ans, Oxmo Puccino n’en finit pas de surprendre. Son 8e album, La Voie lactée, est un voyage dans le hip hop aux multiples influences de l’adepte de la « Slow life ».


Après 20 ans de carrière, tu es toujours autant inclassable. Qu’est-ce qui te définit le mieux : « Black Jacques Brel », « électron libre du rap » ou « rappeur-poète » ?

Rappeur-poète : « rappeur » indique la période dans laquelle nous sommes, « poète » correspond à l’ambition que j’avais en écrivant ces textes-là.


Sur ton dernier album, , La Voie lactée, le titre Slow life reflète un optimisme forcené. Qu’est-ce qui t’a inspiré ?

C’est ma façon d’apporter ma contribution à ce monde chaotique. Plutôt que de me contenter d’observer son fonctionnement regrettable, j’essaie de proposer un angle de vue qui adoucit le chaos. On rêve tous d’un monde meilleur, pourtant on ne fout rien. Au lieu de ne rien foutre et de tout reprocher aux autres, je constate et j’apporte ma proposition.


La Voie lactée donne l’impression d’un retour à un hip hop plus minimaliste. C’est volontaire ?

Les gens parlent de retour comme si je partais alors que je ne fais que tracer dans une direction. Cet album est minimaliste parce que c’est le ton qu’il fallait à ce moment-là. Il s’agit une sélection de morceaux, cela ne détermine aucunement un style définitif. Si cet album est minimaliste c’est aussi parce qu’il est plus scénique que les autres. L’idée étant de le poursuivre sur scène encore plus que les autres disques.


Beaucoup d’artistes apparaissent dans le clip de ton single Les Potos : Ibrahim Maalouf, Demi-Portion -tu es d’ailleurs le parrain de son Demi festival qui se tient à Sète du 10 au 12 août-, Matthieu Chedid, JoeyStarr, Orelsan, Grand Corps Malade… L’amitié est un facteur déterminant dans le choix de tes collaborations artistiques ?

Aujourd’hui, j’en suis à un point où si je veux passer du temps avec mes amis, je suis obligé de travailler avec eux. J’ai de la chance d’avoir un travail qui me plaît : alors tant qu’à faire autant partager un bon moment ensemble !


Est-ce que ce n’est pas cette diversité musicale qui est l’avenir du rap ?

Le rap, musicalement, c’est terminé. Depuis les années 2000 on assiste à une résonance de cette musique. Mais elle se dilue, elle est de plus en plus chantée. Chanter, c’est une chanson. Donc techniquement le rap n’existe plus. Reste le folklore : une attitude, un look, un certain phrasé, une certaine tessiture sonore, mais on ne peut plus parler de rap à proprement dit.


Si le rap est mort, vers quoi est-ce que tu tends musicalement ?

Faire de la bonne musique. Celle qui fait sourire l’enfant, celle qui apporte du plaisir. Le style, c’est une affaire de spécialistes. La musique elle arrive, elle est bonne ou pas, elle vous touche ou pas, c’est tout. Si elle ne vous touche pas à cause d’idées préconçues qui vous embrument le cerveau, c’est fort dommage. Personnellement, je préfère parler de la musique. Je travaille avec des gens réputés pour leur expertise dans leur instrument comme Ibrahim Maalouf, Chilly Gonzales ou Vincent Seagal. Le rap m’a permis d’arriver à ça. Les textes que j’écris n’ont rien à voir avec l’idée que les gens se font du rap, la musique composée pour mes projets s’éloigne de cette idée aussi. C’est pour ça que je me permet de dire que le rap est mort : je l’ai vu naître, je l’ai vécu, et je suis encore là.


À chacun de tes concerts, tu sembles prendre un plaisir intense à partager avec ton public. Une histoire d’amour ?

C’est au-delà de ça, on vient avec le meilleur de nous-même pour échanger. Des gens se sont déplacés, ils ont payé leur place, ils ont fait garder leurs enfants : le rendez-vous est plus qu’important. L’honorer, c’est marquer la mémoire collective à notre échelle, vivre un bon moment de manière consciente.


Propos recueillis par Alice Rolland


© VD


Samedi 12 août au Demi Festival. Théâtre de la Mer à Sète. Ouverture des portes à 19h, billetteries habituelles. Concerts sold out. Rens. : demifestival.fr

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