L'Etang de l'OR

Par Stéphane Parys | publié le 26/02/2015 à 00h00

L’Etang de l’Or, patrimoine inestimable,
a commencé sa formation il y a 20 000 ans.
Véritable trésor de la biodiversité,
il évolue au cours des temps avant de se figer,
victime des travaux humains.
Depuis une trentaine d’années,
il fait l’objet de soins attentifs afin de le sauvegarder.

Le niveau marin se met à monter sous l’effet conjugué du réchauffement climatique et de la fonte des glaces polaires.

Situé à moins de 100 mètres par rapport au niveau actuel, il s’élève peu à peu. La mer repousse alors les alluvions des fleuves sur cette plateforme.

Des surfaces d’eau saumâtre s’isolent, en arrière de ce lido et envahissent les parties basses de la plaine littorale, au cours du dernier millénaire. Les alluvions des fleuves s’ajoutent au reflux de la mer et consolident ces bandes étroites de sable. Un cordon sableux mouvant et discontinu naît dans ce mouvement,
il y a environ 4 000 ans.

La mer repousse devant elle, peu à peu, les sédiments arrachés à la plate forme continentale, formant ainsi un cordon sableux ou LIDO.
Sous la poussée des mouvements à la fois des fleuves lors des crues et des tempêtes maritimes, des brèches s’ouvrent
et se referment sous l’effet de la houle, les graus.
Ils maintiennent une communication, un échange entre les eaux saumatres et la mer.
Aujourd’hui, un seul existe pour l’Étang de l’Or, celui de
Carnon, au niveau du port de la station.

L’occupation humaine remonte à 2 000 ans, à l’Âge du Bronze final et à l’Âge de fer. De nombreuses fouilles sur les communes de Mauguio, Saint-Nazaire-de-Pézan, Lansargues et La Grande Motte, ont mis à jour des tessons, des céramiques et des ustensiles en silex.
De grands ports existent déjà, Agde, Lattes… et génèrent un commerce actif. Le sel, exploité dans les salins, s’avère très important. Il permet la conservation des aliments, le traitement des cuirs, le blanchiment de l’argile…
Quand les Romains prennent possession du littoral, apparaissent la Voie Domitienne et l’essor de l’assainissement des terres basses autour des lagunes pour la culture du blé et le développement de la pêche et de l’élevage des huîtres qu’ils consommaient en grande quantité. La culture de la vigne, déjà présente, s’enrichit et prospère grâce aux techniques de vinification grecque et romaine.

Succède une grande période de conflits avec l’invasion des Wisigoths en 413 puis des Sarrazins en 714. La reconquête franque chasse ces derniers entre 737 et 739. Â partir des années 1000, les religieux régentent la vie quotidienne. En 1208, le roi de France, Philippe, donne à l’Évêché de Maguelone tout pouvoir sur les étangs, y compris celui de Mauguio. C’est à dire percevoir les impôts, ouvrir des graus et installer des péages. Le Moyen Âge est le temps de l’accroissement de la pêche des poissons et de la navigation à travers les plaines marécageuses. C’est aussi celui des famines et des épidémies de paludisme liées au colmatage des graus qui rend les eaux insalubres car non renouvellées.

Le renouveau économique se situe entre 1500 et la Révolution avec la construction des nouveaux ports (Sète), des canaux (Canal du Midi, Canal du Rhône à Sète) et l’exploitation des salicornes qui entrent dans la composition de la soude, nécessaire à la fusion du verre et à la fabrication du savon et de la lessive. Les pêcheurs s’opposent (déjà !)
à la réalisation de ces canaux qui assèchent les marais.
Arrivent les XIXe et XXe siècles, et l’apparition du tourisme de masse avec la nécessité d’aménagements spécifiques.
Au préalable, la démoustication des marais.
Le paludisme disparaît dans les années 1950 avec l’emploi du D.T.T. (dichloro-diphényl-trichloréthane).
Fleurissent alors des stations balnéaires sur le littoral, Carnon, La Grande Motte…
Elles remplacent peu à peu les cabanes de pêcheurs.

Aujourd’hui, la conscience de sauver ce patrimoine inestimable paraît unanime. Les protections et labels se succèdent depuis une trentaine d’années, APB (Arrêté de protection de biotope) en 1984, Ramsar (convention relative aux zones humides d’importante internationale) en 1996, Site classé en 1983 et Réseau Natura 2000. Mais les dégâts provoqués par les humains, l’eutrophisation de l’eau (excès chronique de nutriments souvent au profit d’espèces envahissantes et au détriment de la biodiversité)et la disparition d’espèces entraînent une modification inexorable du milieu. La profondeur diminue et la végétation gagne du terrain. “Dans les années 70, le requalibrage des cours d’eau du bassin versant a modifié le taux de salinité, bien trop important maintenant. Certaines années comme en 2014, tout brûle” constate Bernard Ganibenc, élu à la commune de Mauguio. La Société de chasse maritime de l’étang de l’Or, dont il est le président, à même racheté le marais de Saint-Marcel (37 hectares) pour le constituer en réserve de chasse et de faune sauvage.
Les oiseaux, les poissons et les plantes subissent ces changements liés à leur habitat, au grand regret des amoureux de cette lagune qui porte si bien son nom.

Face à cette nature qui leur paraît hostile, les humains, dès le XIVe siècle, transforment leur environnement. Par exemple, ils changent le cours du Vidourle pour atténuer les effets de ses crues soudaines. De plus, la construction des ports et des digues a fortement modifié les dépôts de sédiments.
Résultat : la grande lagune s’étendant d’Agde à Aigues-Mortes se fragmente et donne naissance à plusieurs étangs, dont l’Étang de l’Or.

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