[INTERVIEW] TRYO, un vent d'optimisme à Béziers

Par Florian Gauvain | publié le 17/03/2017 à 15h42

Entre chanson française et rythmiques jamaïcaines, Tryo remplit les salles avec un "reggae akoustik" et des chansons à textes engagées. Un cocktail qui fait recette depuis plus de vingt ans ! Interview de Guizmo avant le concert à la salle Zinga Zanga de Béziers, le 24 mars prochain.

Quel est le secret pour qu'un groupe tienne plus de vingt ans ?
Je ne sais pas s'il y a un secret. C'est la chance d'avoir un public fidèle qui nous a permis de prendre le temps de créer, de se connaître et avoir toujours le même plaisir de chanter et faire de la musique ensemble. C'est passé très vite et on ne s'est pas ennuyés !

Comment avez-vous abordé l'album Vent debout ?
C'était une période un peu particulière : on sortait des attentats, le quinquennat Hollande était décevant... Toute cette ambiance morose nous a donné envie de retrouver les gens, de chanter. On a démarré l'album en même temps que les concerts de l'été dernier. On était dans la dynamique de se retrouver seulement tous les quatre et de recentrer les chansons autour des guitares et des voix.

Côté musique, on revient au reggae acoustique des débuts (guitare, voix, percu). En matière de compo, chacun avait un rôle bien défini ?
On s'est mis en ateliers, c'est l'album que l'on a le plus co-écrit avec Christophe. On s'est vraiment fait plaisir à rentrer dans les textes des uns et des autres. Il y avait une envie de bien peaufiner les textes et d'être collégial sur ce que l'on avait envie de porter sur l'album : l'idée d'une France multiculturelle, une France ouverte.

Avec le titre « La demoiselle » vous abordez le handicap, « Souffler » évoque les déçus de la gauche de Hollande, les questions d'environnement sont évoquées avec « Sauvage » ou « Watson »... Vent debout semble plus engagé politiquement que les précédents albums. Cet engagement est-t-il le même depuis les débuts de Tryo ou a-t-il évolué ?
Je crois que l'époque a bien changé en 20 ans. Si on parle par exemple d'écologie, un thème qui nous suit depuis longtemps, les choses ont bien avancé, notamment dans la prise de conscience des gens. Mais en même temps les politiques sont toujours restés à la traîne, donc il y a encore des coups de gueule à avoir. Et puis, entre temps il y a eu les attentats. La peur ambiante s'est installée avec cette idée d'une France qui regarde dans le rétro et qui recule... Notre idée est plutôt celle d'un pays ouvert, d'un pays multiculturel. On a envie de chanter cette richesse comme dans « Le petit prince ».

Avec ce 6e album, vous appelez en effet à une "société ouverte". Diriez-vous que votre musique éveille les consciences ?
Je ne sais pas, peut-être pour certains. On a besoin en tant qu'auteurs-compositeurs de se rappeler certaines valeurs. Donc si nos chansons peuvent rassurer des gens comme Monsieur Finkielkraut (NDLR : un des titres du nouvel album) et les amener à ne pas avoir peur, à être un peu plus ouverts à l'autre, ce serait super.

Une prochaine cause à défendre ?
On est attachés à des initiatives comme le mouvement citoyen Colibris fondé par Pierre Rabhi. Le combat de Paul Watson et Sea Shepherd nous tient à cœur aussi... Et puis on va aller voter aux prochaines élections présidentielles qui s'annoncent difficiles. On ne veut pas se cogner le Front National.

Garder le sourire, faire une musique festive, rester optimistes malgré le contexte actuel, d'où vous vient cette énergie ?
Je crois que cela vient de la musique. On a la chance de faire un métier extrêmement joyeux. On tire cela aussi de nos enfants, nos proches, des moments précieux et simples de la vie. On a tout simplement le plaisir d'être en vie. Je crois que c'est un mélange de tout cela. Et puis n'oublions pas que nous sommes des troubadours, on aime faire la fête ! (rires)

En parlant de fête, quel est votre rapport à la scène ?
C'est la communion, le partage, le dialogue et la déconne. Ça rigole beaucoup. On laisse beaucoup de place à l'improvisation. Il se passe pas mal de choses entre les chansons. A chaque concert, on essaye de passer 2h-2h30 avec le public à se vider le cerveau tout en réfléchissant, voilà.

Le mot de la fin : si vous étiez un vent, lequel seriez-vous ? Un vent d'amour, un vent de contestation ?
Un peu les deux. Un vent qui bouge et qui donne envie d'aller dans le sens commun. Qui offre un futur. Un vent contraire à tout ce libéralisme et ce capitalisme qui bouffent la planète.

Propos recueillis par Florence Lacure

En concert le 23 mars à 20h30. Salle Zinga Zanga Traverse de Colombiers – Montfloures à Béziers. 36€. Billetteries habituelles.
Jeudi 25 mai à partir de 20h. Luberon Music Festival à Apt. Avec Bidy Nam Nam et La Yegros, De 25€ à 30€. Gratuit – de 12 ans. Pass 3 j de 50€ à 70€. Billetteries habituelles et www.luberonmusicfestival.com


Crédit vidéo : Alcaline

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